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Frontaliers9 min de lecture

Frontaliers et assurance maladie : ce qui s'applique vraiment

Nina Bergmann
Nina Bergmann · Innergarden Community
Poste frontalier – sécurité sociale à l'espace Innergarden

Une phrase revient sans cesse dans les forums de frontaliers : « Comme frontalier, tu peux choisir de t'assurer en France ou en Allemagne. » Pour la France et la Suisse, c'est exact. Pour la France et l'Allemagne, non. Cet article explique ce qui s'applique à la place – et ce que vous pouvez réellement décider.

Situation : 08/2026. Toutes les références juridiques sont sourcées en fin d'article.

La correction d'abord : il n'y a pas de choix entre les systèmes

Le fameux *droit d'option* existe bel et bien – pour les frontaliers entre la France et la Suisse. Qui réside en France et travaille en Suisse peut, dans un délai donné, choisir entre la LAMal suisse et la Sécurité sociale française. Cette règle est souvent transposée à l'Allemagne, et c'est précisément là que naît l'erreur.

Entre la France et l'Allemagne s'applique le droit européen de coordination, sans possibilité d'option : le règlement (CE) n° 883/2004. Son principe est celui du lieu de travail – qui est salarié en Allemagne relève du droit allemand de la sécurité sociale. Ce n'est pas une recommandation, c'est un rattachement.

Où vous êtes assuré – et pourquoi cela ne se négocie pas

L'article 11 § 3 a du règlement 883/2004 le dit en une phrase : la personne qui exerce une activité salariée dans un État membre est soumise à la législation de cet État. Pour vous : assurance maladie allemande, assurance dépendance allemande, retraite et chômage allemands – prélevés sur la fiche de paie allemande, que vous habitiez à Colmar, Sélestat ou Strasbourg.

À l'intérieur du système allemand il existe bien une bifurcation, mais une autre que celle imaginée : en dessous du plafond d'affiliation obligatoire (Jahresarbeitsentgeltgrenze), vous relevez obligatoirement de l'assurance légale (GKV). Au-dessus, vous pouvez passer au privé ou rester volontairement dans la GKV. Le montant du plafond est publié chaque année par le GKV-Spitzenverband – pour un frontalier, rester dans la GKV est souvent la voie la plus simple, car toute la mécanique du S1 en dépend.

Ce que vous choisissez vraiment : la caisse

La vraie décision porte sur la caisse, pas sur le pays. Le § 173 SGB V vous donne le libre choix : Techniker, Barmer, AOK, DAK, hkk, IKK et les autres caisses légales vous sont toutes ouvertes. Le panier de soins est largement fixé par la loi ; trois choses distinguent réellement les caisses.

  • La cotisation additionnelle (Zusatzbeitrag). Chaque caisse la fixe elle-même, et sur une année l'écart se ressent.
  • Les prestations supplémentaires. Ostéopathie, détartrage, prévention, vaccins de voyage – les différences sont nettes.
  • L'expérience des frontaliers. Critère sous-estimé : la caisse traite-t-elle les demandes de S1 avec habitude ? Y a-t-il un interlocuteur francophone ? Connaît-elle les circuits de la CPAM ? Posez la question avant de signer.

Un changement de caisse est possible après douze mois d'affiliation, avec deux mois de préavis. Le premier choix n'engage donc pas à vie.

Le parcours : de la caisse à la carte Vitale

L'ordre est toujours le même, et il prend en pratique quelques semaines. Le connaître évite bien des relances.

  1. Contrat signé → choisir une caisse et s'y affilier. Votre employeur allemand vous déclare à la sécurité sociale.
  2. La caisse vous délivre le formulaire S1 (ancien E106). Il faut le demander activement – il arrive rarement spontanément.
  3. Déposer le S1 à la CPAM de votre lieu de résidence. La CPAM vous inscrit comme assuré aux frais de la caisse allemande.
  4. La CPAM établit la carte Vitale. À partir de là, la France fonctionne pour vous comme pour tout autre assuré.
  5. Soins dans les deux pays : en Allemagne avec la carte électronique de votre caisse, en France avec la carte Vitale.
  6. Pour les voyages, demandez en plus la CEAM (carte européenne d'assurance maladie) à votre caisse allemande.

Le point essentiel : vous ne perdez pas la France. Les frontaliers ont accès aux soins dans le pays de travail *et* dans le pays de résidence – c'est exactement l'objet du S1.

Famille : ayants droit, mais avec leur propre S1

L'affiliation familiale gratuite du § 10 SGB V est l'un des grands avantages pratiques du système allemand : conjoint sans revenu propre au-delà du seuil de minimis et enfants sont couverts sans cotisation supplémentaire.

Important pour le quotidien en France : chaque ayant droit a besoin de son propre S1, également déposé à la CPAM. C'est seulement ensuite que votre enfant a une prise en charge qui fonctionne chez le médecin en France. La France et l'Allemagne ne figurent ni l'une ni l'autre à l'annexe III du règlement 883/2004 – la restriction qui y est prévue pour les membres de la famille des frontaliers ne vous concerne donc pas.

Mutuelle : en avez-vous besoin ?

Voici le point concret, rarement expliqué. Si vous vous faites soigner en France avec la carte Vitale, vous êtes remboursé selon les règles françaises – y compris le *ticket modérateur* et le forfait hospitalier. Votre caisse allemande prend en charge la part de l'assurance, pas le reste à charge.

C'est exactement cette lacune que comble habituellement une *mutuelle*. L'intérêt dépend de l'endroit où vous consultez réellement : qui se soigne presque exclusivement en Allemagne n'en a généralement pas besoin ; qui fait suivre sa famille en France calcule autrement. Certains assureurs proposent des contrats taillés pour les frontaliers – la comparaison vaut le détour.

Assurance dépendance : le point souvent oublié

L'assurance maladie allemande s'accompagne automatiquement de l'assurance dépendance (Pflegeversicherung) – y compris pour vous, frontalier, et y compris si la dépendance survient alors que vous vivez en France. Les systèmes ne se recouvrent pas exactement : les prestations en espèces comme le Pflegegeld sont en principe exportables, tandis que les prestations en nature suivent les règles du pays de résidence.

Pour la plupart, c'est un sujet pour plus tard. Il mérite quand même sa place dans le dossier, car il répond à la question de savoir pourquoi votre fiche de paie allemande porte une cotisation dont vous mobiliseriez la prestation en France.

Quand le télétravail fait basculer la compétence : 25 % et 49,9 %

Jusqu'ici : un lieu de travail, un système. Dès que vous travaillez régulièrement depuis chez vous en France, vous travaillez dans deux États – et une autre norme s'applique, l'article 13 du règlement 883/2004. Elle demande si une *partie substantielle* de l'activité se déroule dans le pays de résidence. Le seuil est de 25 %.

Depuis le 1er juillet 2023 s'y ajoute l'accord-cadre multilatéral sur le télétravail transfrontalier, signé par la France et l'Allemagne. Il permet de rester dans le système allemand malgré plus de 25 % de télétravail – sur demande conjointe de l'employeur et du salarié au titre de l'article 16 du règlement, matérialisée par un certificat A1.

Part de votre temps de travail en France → système de sécurité sociale compétent
Part en FranceSystème compétentCe qu'il faut faire
jusqu'à 24,9 %Allemagne (GKV)Rien. La situation de principe reste inchangée.
25 % – 49,9 %Allemagne – mais seulement avec l'accord-cadreDéposer une demande conjointe au titre de l'art. 16 et obtenir un A1. Sans demande : la France.
à partir de 50 %France (CPAM, URSSAF)L'accord-cadre ne s'applique plus. L'employeur doit s'immatriculer en France.

Source : règlement (CE) 883/2004, art. 13 et 16, et accord-cadre sur le télétravail transfrontalier en vigueur depuis le 1.7.2023. Situation : 08/2026.

Deux subtilités qui reviennent systématiquement en entretien : l'accord-cadre ne vaut que pour le télétravail – une activité qui pourrait tout aussi bien se faire au bureau et qui passe par l'informatique. Les rendez-vous clients ou les journées sur le terrain en France n'entrent pas dans le champ. Et il ne s'applique que si vous travaillez uniquement dans ces deux États.

Ce qui se passe en cas de bascule

Passer au système français n'a rien de dramatique, mais cela représente du travail – et cela touche aussi votre employeur. Il doit s'immatriculer en France et y verser des cotisations, structurées différemment et globalement plus élevées qu'en Allemagne. Vous passez de la GKV à la CPAM et chercherez probablement une mutuelle.

La répartition des jours de travail n'est donc pas un détail : c'est le vrai levier. Passer l'un de ses jours à distance côté allemand du Rhin déplace sensiblement le pourcentage – nous l'avons chiffré entièrement dans l'article Télétravail ou journée de coworking : le calcul.

Et : le volet fiscal suit ses propres chiffres. Les seuils de 25 % et 49,9 % n'ont rien à voir avec la règle des 45 jours en fiscalité. Les deux se regardent ensemble – voir Frontaliers et impôts.

Questions fréquentes

Le droit d'option s'applique-t-il aussi entre la France et l'Allemagne ?

Non. Le choix entre le système du pays de résidence et celui du pays de travail existe pour les frontaliers entre la France et la Suisse. Entre la France et l'Allemagne s'applique le principe du lieu de travail du règlement 883/2004 : qui est salarié en Allemagne y est assuré – sans possibilité de choix.

Puis-je choisir librement ma caisse ?

Oui. Le § 173 SGB V vous donne le libre choix parmi les caisses légales. Les différences portent surtout sur la cotisation additionnelle, les prestations supplémentaires et l'habitude qu'a la caisse de traiter les S1 de frontaliers. Un changement est possible après douze mois.

Puis-je continuer à me faire soigner en France ?

Oui, c'est précisément l'objet du formulaire S1 : votre caisse allemande le délivre, vous le déposez à votre CPAM et vous obtenez une carte Vitale. Vous pouvez ensuite être soigné en France comme en Allemagne. Attention au reste à charge français, qu'une mutuelle peut couvrir.

Combien de télétravail en France est possible ?

Jusqu'à 24,9 % de votre temps de travail, tout reste dans le système allemand. Entre 25 % et 49,9 %, l'Allemagne reste compétente si employeur et salarié déposent une demande conjointe au titre de l'art. 16 et disposent d'un A1 – possible depuis l'accord-cadre du 1er juillet 2023. À partir de 50 %, la France devient compétente.

Ma famille est-elle couverte ?

En règle générale oui, via l'affiliation familiale gratuite du § 10 SGB V. Chaque membre a toutefois besoin de son propre S1 auprès de la CPAM pour être pris en charge en France. La restriction de l'annexe III du règlement 883/2004 ne s'applique ni à la France ni à l'Allemagne.

Conclusion

La bonne nouvelle derrière cette correction : ce qui ressemble à un choix perdu est en réalité une simplification. Vous n'avez pas à arbitrer entre deux systèmes – vous vous affiliez à une caisse allemande, vous demandez le S1, vous le déposez à la CPAM et vous êtes couvert des deux côtés de la frontière. Le seul chiffre à surveiller ensuite est la part de votre travail effectuée en France.

Sources officielles

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